#1 - L'esprit d'Entreprise

Dorian Lacaze
Dorian Lacaze 6 novembre 2017
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Un outil de fidélisation des salariés 

 

Scène de boulot, intérieur jour : toi et tes collègues, un café, des bureaux, quelques blagues, des sourires.  Jusqu’ici tout va bien, tu es à l’aise, rien de surprenant ne risque d’arriver, tu te roules dans les habitudes du quotidien comme dans une chaude couverture.

Prend garde ! Quelque chose flotte entre tes collègues et toi, se faufile entre les tables, hante les murs, te poursuit dans les couloirs. Tu te sens possédé : un jene-sais-quoi ectoplasmique dirige souvent tes actes et parfois tes pensées. Ce fantôme donne à l’air une atmosphère réconfortante, il porte en lui des habitudes de collaboration, de communication, des valeurs de travail.

Cet esprit mystérieux, tu le connais bien, tous les entrepreneurs, tous les employés le connaissent : c’est l’esprit d’entreprise.

Si, si rappelle-toi, on t’as parlé des valeurs de l’entreprise, « engagement, respect, collaboration, partage ». Ces mots, tu les connais bien, ils sont censés concentrer l’esprit de l’entreprise, révéler sa substantifique moelle. Pourtant il arrive qu’ils paraissent vides de sens, voeux pieux, mots creux plutôt que miroirs fidèles de la vie en entreprise.

Pourquoi ? Qu’est ce qui rend la manifestation de l’esprit d’entreprise si compliquée ?

 

Invocation d'esprits 

 

Pour ouvrir notre séance de spiritisme, invoquons quelques définitions.

Une valeur c’est littéralement ce qui vaut pour un individu. En demandant à quelqu’un de se conformer à des valeurs qu’il ne partage pas, on lui demande en fait que quelque chose qui n’a pour lui aucune importance lui importe. Se conformer aux valeurs d’une entreprise n’est donc pas une mince affaire : il s’agit pour l’employé de revoir ses croyances, ses centres d’intérêts et ses convictions personnelles pour les faire coïncider avec celle de l’entreprise. Effort surhumain qui suppose l’aliénation de l’employé dans ce qu’il a de plus intime, ces convictions.

On se trompe aussi sur ce qu’est l’esprit lorsque l’on prétend faire rentrer un employé dans l’esprit d’une entreprise. On lui présente des projets, des process, des méthodes de travail comme autant de manifestations physique d’un esprit d’entreprise qu’il doit faire sien. Mais un esprit ce n’est pas en premier lieu ce dans quoi on se fond, ce que l’on absorbe, c’est avant tout ce qui est en nous, ce qui se manifeste lorsque nous agissons. Tous les chamans l’on bien compris, l’esprit est dans le corps, pas en dehors de lui. Vouloir faire rentrer l’esprit de l’entreprise dans le corps de l’entrepreneur, c’est se tromper de sens : pour manifester l’esprit d’une entreprise à partir du corps de l’employé il ne faut pas
tenter de l’y faire rentrer, il faut l’en faire sortir.

Si les séances de spiritisme sont complexes dans les grandes structures c’est parce qu’au lieu de construire l’esprit d’entreprise à partir de celui des employés qui lui donnent forme, elle tente de l’infuser vers sa base, d’imposer un esprit et des valeurs qui préexistent à ses parties.

L’esprit et les valeurs d’une entreprise viennent des employés qui la compose, ne vont pas vers eux mais sort de leur activité, de leur travail.

Si ce que nous disons est juste, alors l’esprit d’une entreprise, à l’image de l’esprit humain, est en constante évolution. Au fur et à mesure des arrivées et des départs des employés qui la constitue, c’est l’esprit de toute la société qui change. Chaque employé a, indépendamment de son importance  organigrammique, une importance organique dans l’entreprise en ce sens qu’il forme, avec d’autres, son corps.

Nous voilà au coeur du problème : plus l’entreprise grossit, plus son esprit sera changeant, insaisissable. 

 

La grande entreprise

 

L’esprit d’une grande entreprise : nébuleuse insondable, phrase composée de trop de mots pour être intelligible, hydre omnicéphale. Une entreprise de cent mille employés aura cent mille voix à unir, cent milles timbres et cent mille chants à faire rentrer en résonnance, elle doit diriger une symphonie qui se
décline en cent milles partitions.

Le sceptique ici s’interroge, un diapason peut-il harmoniser cette cacophonie apparente ? En somme, l’esprit d’entreprise n’est il pas qu’une histoire à dormir debout ?

Non, cent fois non. Seulement, comme tout esprit, il faut une technique et un outil efficace pour le manifester, le comprendre et le stabiliser. Pour avoir un esprit et des valeurs véritablement représentatives de l’entreprise - c’est à dire de la somme de ses parties, les employés – il faut inévitablement les consulter, voir ce que chacun d’entre eux a à dire sur les forces qui l’animent au travail et dans la vie.

 

Pour finir

 

Pour déduire l’esprit d’une entreprise de ses employés il suffit de laisser le champ libre à leur action, c’est à dire rendre possible et faciliter la création de projets d’entreprise à l’initiative des employés, encourager les liens entre eux indépendamment de leur place et de leur rôle dans l’entreprise, mettre en avant des échanges transversaux entre les secteurs d’activités pour faire éclore des idées et des projets qui seront autant de témoins des valeurs qui fondent la vie profonde des employés.

L’esprit de l’entreprise ne doit pas chercher à posséder le corps de l’employé, il doit se contenter de le représenter, se faire esprit-totem et non esprit-démon. Un peu de lâcher-prise en entreprise pour en révéler l’esprit véritable, seul à même de faire retrouver aux grands l’énergie, le dynamisme et la passion des petits.

 

Positivement !

 

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