#5 - Le convaincu et le responsable

Dorian Lacaze
Dorian Lacaze 21 décembre 2017
Nouveau call-to-action
banner

 

La distinction entre éthique de conviction et éthique de responsabilité nous vient de l’auteur Max Weber et de son excellent ouvrage, Le savant et le politique

Que fais-tu lorsque l’on t’ordonne de faire ce que tu crois être mauvais ? Que fais-tu lorsque l’action que tu juges bonne nuit à ceux qui t’entourent ? Ô courageux lecteur, aujourd’hui posons un pied dans les sables mouvants de l’éthique en entreprise.

L’éthique s’occupe de l’ensemble des principes qui sont au fondement de l’action.

Dans un environnement de travail, deux éthiques rentrent en conflit : l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité.

La tension entre ces deux pôles dessine deux personnages que tu connais bien : le responsable et le convaincu.

L’éthique de responsabilité c’est la maxime qui prescrit d’agir en regard des conséquences de ton action sur le monde extérieur.

 

Une éthique de métro

 

Imagine avec moi un contrôleur dans le métro : responsable, il donnera une amende à quiconque n’a pas validé son titre de transport. Veuve, orphelin, misérable, l’homme de responsabilité est conscient que les fonctions qu’ont lui a confié ne tiennent pas compte d’éventuelles exceptions.

Le responsable a les traits rassurants de l’homme qui calcule et la conscience aigüe de la nécessité pour lui d’être performant. Il déploie souvent la polysémie du mot, il est sans doute aussi « responsable » d’un service, d’un projet, d’un secteur. L’entrepreneur responsable connaît trois responsabilités : celle de l’entreprise en elle-même, la rentabilité ; la sienne propre vis-à-vis de l’entreprise, l’efficacité ; celle de l’entreprise vis-à-vis du reste de la société, la RSE.

Dans ces conditions, il est difficile d’être responsable et nous ferions une erreur en ne voyant dans l’éthique de responsabilité que la froideur d’un calcul inhumain. Suivre l’éthique de conviction semble même littéralement irresponsable. Que penser d’une éthique égoïste au point de mépriser les interactions complexes que toute action opère avec le monde qui l’entoure au profit d’une opinion ?

 

Comment accepter le convaincu en entreprise ?

 

L’éthique de conviction c’est la maxime qui prescrit d’agir en regard de principes personnels universalisés.

Prenons un autre contrôleur, homme de conviction qui se rend compte qu’un enfant visiblement pauvre a oublié de valider un titre de transport qu’il détient pourtant. Conscient que cette amende plongerait cet enfant et sa famille dans des ennuis qui excèdent de loin le tort subit par sa société (après tout cet enfant possède bien une carte de transport) il décide de passer outre cette entorse mineure au règlement. 

L’homme de conviction a les avantages et les inconvénients de la relation passionnelle qu’il entretient avec ses principes.

Ce contrôleur donne un mauvais exemple aux autres passagers qui pourront croire que la validation est optionnelle.

La passion, œillère qui empêche de juger objectivement convictions et principes est aussi le moteur formidable qui pousse à agir.

Dirigé par sa pensée comme par une boussole, le convaincu sait quoi faire, ses actions ont la pureté du geste maîtrisé. Une action à laquelle tu apportes l’adhésion profonde de tes convictions intimes est plus incisive, plus décisive que toute autre. Cette action porte en elle suffisamment de toi pour que tu puisses t’y reconnaître, te réaliser en la réalisant.

Lorsque tu choisis l’éthique de responsabilité contre l’éthique de conviction, tu te heurtes à un problème : tu vas contre tes convictions.

Une action en laquelle nous ne croyons ne peut se faire qu’a reculons, une parole à laquelle nous n’accordons pas l’intensité du verbe qui nous anime ne peut s’articuler que dans le souffle fin du mensonge que l’on se fait à soi même.

La force d’une action repose sur la force de la conviction qui s’étend sous elle.

Croire que seule la responsabilité peut avoir son mot à dire dans l’entreprise c’est oublier que tout employé est humain, que nul n’est assez responsable pour l’être toujours et qu’un acte n’a de poids que soutenu par une conviction.

Vue à tort comme un danger pour la stabilité de l’entreprise, l’expression de convictions permet au contraire à chacun d’être en phase avec lui-même, de se passionner pour ce qu’il fait. Faciliter cette expression c’est donner aux employés de plus grands espaces de liberté.

Le convaincu parle pourtant toujours un peu trop de ce qu’il tient pour profondément vrai et prend souvent les opinions divergentes pour d’énormes erreurs.

Le problème du conflit des convictions est une source de dispute non négligeable au travail et doit être dépassé pour ne pas faire de la machine à café un champ de bataille.

 

Pour finir

 

Une conviction c’est littéralement ce dont je suis convaincu, ce que je tiens pour vrai. Mais tenir pour vrai ce que je ne remet pas en question, c’est mettre la charrue du dogme avant les bœufs de la raison. Questionner la pensée qui est la plus ancré en nous demande une bonne part d’humilité : il faut accepter de se mettre à distance le temps du dialogue (du dia-logos, le raisonnement à plusieurs). En confrontant nos convictions à celles d’autrui nous les renforçons, les rendons plus rationnelles. Nous avons tout à gagner au débat contradictoire.

Permettre à l’éthique de conviction de s’exprimer en entreprise est chose complexe.

Il faut à la fois ménager un espace de liberté et encourager le dialogue pour ce qu’il est : non pas une tentative de chacun d’imposer ses convictions à l’autre mais un effort commun pour trouver en soi-même de meilleurs principes d’action.

Une seule solution donc : ne pas choisir, soyons tantôt responsables tantôt convaincus et nous pourrons toujours beaucoup. Ô contrôleur, soit intransigeant lorsque tu dois l’être, le règlement que tu défend donne au monde qui t’entoure un cadre et une sécurité. Soit surtout humain lorsque tu en ressens le besoin : ce monde a autant besoin de bonté qu’il a besoin de règles.

J’en suis convaincu, nous sommes responsables du bien que nous faisons autour de nous.

 

Positivement votre !

 

Bannière article V2