#12 - La responsabilité au travail

Dorian Lacaze
Dorian Lacaze 28 mars 2018
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Qu'est-ce que la responsabilité au travail ?

 

La responsabilité, res-ponsabilité, res–ponssia : la « chose promise ». En signant un contrat, en acceptant une responsabilité, tu fais à ton employeur la promesse implicite qu’un certain nombre de choses auront bien lieu. Oui ce projet sera mené à son terme, ce bois abattu, cette bière servie. En promettant tu engages ta force de travail mais aussi – dans une certaine mesure – ton honneur. De là la honte de l’échec, de là sa disgrâce. Plus la responsabilité est importante, plus l’on promet de choses, plus l’échec recouvre d’opprobre.

Elle peut se faire écrasante, envelopper de son étouffante pesanteur notre travail quotidien.  Dans ce cas on a l’impression désagréable que chaque erreur est un échec personnel, presque une trahison. En donnant à cette promesse trop de poids, on la laisse nous enfermer tout entier. L’initiative, la sortie des sentiers battus deviennent des risques considérables.

 

Pourquoi me mettre en péril quand je peux me contenter de ne faire que ce qu’on me demande ?

 

La responsabilité devient un carcan, emprisonne notre créativité, notre volonté d’innover, d’entreprendre. Tout ce qui fait du travail un moment agréable, tout ce qui nous permet de nous y reconnaître, de nous y épanouir disparaît sous la peur de l’échec.

 

Mais de qui avons-nous peur ? A qui promet-on de réussir ?

 

A notre employeur, à nos supérieurs, à nos collègues, à nos subordonnés : en un mot à notre hiérarchie. Là aussi l’étymologie dit quelque chose de la manière dont la hiérarchie nous engage. « Hiérarchie » vient de hiero et de arkhé, sacré et principe. La hiérarchie comme principe sacré. Voilà qui a de quoi faire courber l’échine.

L’employé se trouve au bas de sa hiérarchie comme le pèlerin au pied du mont Olympe. Assurément – se dit-il en levant les yeux – qui gravit ses pentes abruptes, qui vit par delà ces nuages et respire par delà ces cimes est plus qu’un homme. Et lorsque l’on promet à un dieu, on ne s’engage pas à moitié.

Mais ces divinités sont trop humaines, elles aussi promettent, elles aussi peuvent faillir : leurs épaules s’affaissent aussi sous le poids de la responsabilité.

 

La responsabilité paraît être une prison, où trouver la clé ?

 

Une tentation vient alors : soyons irresponsables, jetons aux quatre vents promesse et engagement, joug et œillères. Y céder ce serait oublier trop vite que la responsabilité donne aussi un sens à ce que nous faisons. Si nous ne nous sentions responsables de rien, nous ne connaîtrions pas la joie immense d’atteindre le but que nous nous étions fixé. Sans responsabilité, comment savoir qui fait quoi ? Comment travailler ensemble ?

Abandonner toute responsabilité revient à se désengager de toute action. Ne pas être responsable c’est ne faire qu’obéir : l’irresponsable fait parce qu’on lui a dit de faire. Lorsqu’on lui demande des comptes il répond, penaud, « je n’ai pas eu le choix ». Il se retrouve dans l’état de l’outil à qui l’on reproche son utilisation, du couteau à qui l’on reproche un meurtre. Mais nous ne sommes pas des couteaux et il va de notre humanité d’être toujours responsables.

 

Pour éviter que notre responsabilité se mette entre nous et notre bonheur, deux possibilités.

 

La première est en nous. Respirons un coup, prenons un grand bol d’air : nos échecs professionnels ne nous engagent pas tout entier. Nous sommes plus qu’un travail, plus qu’un champ d’action. Si nous cessons de nous représenter les responsabilités comme une affaire d’honneur et notre hiérarchie comme une institution sacrée, nous n’aurons plus peur d’être responsables.

La seconde est dans l’organisation du travail. Elle doit étendre au maximum la marge de manœuvre du travailleur. Plutôt que de multiplier les process contraignants, lui donner des outils pour mettre en place les siens propres. La liberté est mère d’une responsabilité saine. La hiérarchie a tout à gagner à sa propre désacralisation. Ses ordres ne seront plus des impératifs divins mais des propositions humaines faites à d’autres humains. Ses employés seront des travailleurs : inventifs, créatifs, productifs et engagés. Allons plus loin, rêvons un peu : pas de hiérarchie, mais une polyarchie, une bebelarchie, une équalarchie. 

Se sentir responsable, ce n’est pas avoir la peur viscérale d’échouer, mais le désir profond de réussir.

 

Positivement votre !

 

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